Un appel d'offres ouvert sur six n'attire qu'une seule soumission
Le chiffre est vrai, celui qu'on cite d'habitude ne l'est pas, et l'écart entre les deux change ce que vaut votre prochaine soumission.
Par Philippe Dallaire, fondateur · · mis à jour le

Vous avez peut-être déjà lu que trois appels d'offres publics sur quatre au Québec ne reçoivent qu'une seule soumission. Le chiffre circule, il est exact, et il décrit une population dans laquelle votre entreprise ne se trouve presque jamais.
Voici pourquoi, et ce que dit le vrai chiffre.
Deux marchés dans un seul registre
Le SEAO publie tous les avis, mais pas tous les avis sont des occasions.
Un contrat de gré à gré est attribué directement, sans mise en concurrence. Il est publié parce que la loi l'exige, souvent une fois qu'il est déjà signé. Il « reçoit une seule soumission » à peu près par définition — c'est une formalité administrative, pas une course.
Un appel d'offres ouvert est ce à quoi vous pensez quand vous dites « appel d'offres » : n'importe quelle entreprise qualifiée peut déposer.
Quand on additionne les deux, la moyenne est écrasée par les avis de gré à gré, qui sont les plus nombreux. D'où les trois sur quatre.
Le chiffre qui vous concerne
Sur les appels d'offres ouverts seulement, la proportion de ceux qui ne reçoivent qu'une soumission est d'environ 16,5 % — un sur six.
C'est plus de quatre fois moins que la statistique répandue. Et c'est celle-là qu'il faut avoir en tête, parce que c'est la seule qui décrit les avis sur lesquels vous pouvez réellement soumissionner.
Pourquoi un sur six, c'est beaucoup
Un appel d'offres sur six qui n'attire personne d'autre, ça reste considérable. Dans ces cas-là, deux choses changent complètement :
- Votre prix n'a pas à battre un concurrent, seulement à être acceptable.
Soumissionner agressivement contre un adversaire qui n'existe pas laisse de l'argent sur la table à chaque fois.
- La préparation vaut la peine. Le taux de conversion d'une soumission sans
concurrence n'a rien à voir avec celui d'une course à huit.
Le problème n'a jamais été que l'information manque. Le problème, c'est que vous apprenez lequel des six c'était après l'ouverture des soumissions — c'est-à-dire après avoir payé la préparation.
Ce que ça vaut d'être prévenu avant
C'est la prévision la plus utile que nous produisions, et de loin celle qui change le plus une stratégie de prix. Le rapport ne vous donne pas la moyenne du marché : il vous donne la probabilité pour l'avis devant vous, avant que vous n'investissiez quoi que ce soit.
Et cette probabilité est calibrée : quand elle annonce 22 %, environ 22 % des avis notés ainsi ont effectivement reçu une seule soumission. Nous expliquons la méthode ici.
Le prix compte, mais pas partout autant
Une deuxième chose que la moyenne cache : le poids du prix dépend du type de contrat.
- Sur les travaux de construction, la plus basse soumission l'emporte environ
19 fois sur 20.
- Sur les services, près de 9 fois sur 10 — mais seulement là où les prix des
soumissions sont publiés, soit environ deux concours sur trois. Le tiers restant est peut-être fait des concours où la qualité et l'expérience décident.
Chiffrer un contrat de services comme un contrat de construction, c'est oublier qu'une partie de ces concours ne se joue pas sur le prix : avant de tailler votre marge, regardez comment l'avis évalue les soumissions.
Mise à jour du 24 septembre 2026 : une première version indiquait « à peine 6 fois sur 10 » pour les services. Ce chiffre venait d'une mesure approximative, qui comparait le montant adjugé aux prix soumis. Mesuré sur la soumission du gagnant lui-même, le chiffre est près de 9 sur 10.
Pour aller voir
Le marché public par région donne, pour chacune des dix-sept régions administratives, le nombre d'avis publiés par an, le nombre de soumissionnaires médian et la part des appels d'offres n'ayant reçu qu'une soumission. Tout est calculé à partir des avis publiés — rien n'est déclaré, et aucun chiffre n'y vient d'un modèle.